TEMPS DE LECTURE : 3 MINUTESALBUM / OrelSan « Le Chant des Sirènes »

Titre : Le Chant des Sirènes
Artiste : OrelSan
Année de sortie : 2011
Pays : France

L’album en un tweet : « Je crache dans tes règles, ça fait ketchup/mayo. #ilesttresdistingue »

Commentaires. Toujours désabusé, OrelSan parfait sa formule, ce fragile équilibre qui oscille entre les francs moments de rigolade, dont l’adjectif « potaches » relèverait du paroxysme, et les courts instants où l’on se dit bêtement « Merde, je connais ça. » Un problème subsiste dans la musique d’OrelSan, à qui on ne peut reprocher sa plume juste, d’un pragmatisme glaçant, maintenant délicieusement mis en avant par des instrus dans l’ensemble réussies : nous balancer des énormes évidences aurait clairement tendance à être usant, si elles n’étaient pas aussi précises, comme lorsqu’il nous parle du vide affectif post-rupture (Si Seul), de son indifférence générale, ou lorsque – plus intéressant – il prend le point de vue d’un cauchemar vivant (La Petite Marchande de Porte-Clefs). C’est d’ailleurs dans cette optique que le disque m’a étonné, voire même séduit, d’une part dans sa richesse de situations, de points de vue, rendant presque le protagoniste de cette histoire cruellement réelle schizophrène, mettant en abîme le futur même de sa carrière (Le Chant des Sirènes), passant de l’amour au suicide d’une manière peut-être un peu trop émotive et teenage, mais témoignant du plaisir coupable de son auditoire à se complaire dans le constat. D’une pertinence énervante.

Contexte. Aurélien Cotentin (eh oui), toujours épaulé par son équipe de compositeurs attitrée dont Skread signant la plupart de ses big beats, avait du pain sur la planche après la réputation de sale gosse génialement vulgaire qu’il s’était taillé avec Perdu d’Avance. Prenant le taureau par les cornes, le premier extrait RaelSan, sorti en avance, dénote les intentions d’un disque plus ambitieux, peut-être plus sérieux dans son traitement. Sans prendre de la gueule, ça relève du tour de force.

Instant dispensable. Plus Rien ne M’étonne est juste mauvaise, instru pop foireuse et refrein confinant au ridicule. À zapper.
Instant indispensable. Les moments de sollicitude de Si Seul. La haine balancée à la figure de Suicide Social. L’horrible originalité de La Petite Marchande de Porte-Clefs.

Rider :
– Lieu : je veux pas faire mon Parisien, d’ailleurs j’en suis pas un, mais je me vois bien me poser dans un bar en terrasse, pour regarder les passants sur une énorme avenue. Je sais pas pourquoi, mais je m’y vois.
– Météo : j’imagine qu’il ferait froid. Une belle lumière de fin d’après-midi.
– Mood : on se met à faire une espèce de fausse critique de soi-même. Une remise en question un peu ridicule, mais le fait même de la faire fait du bien. Après, elle est quand même basée sur du OrelSan, donc on va arrêter les conneries deux minutes.
– Boisson : une bière, normal. Aucune raison d’être original là.

Ce qu’en diront les autres : les hits instantanés que sont RaelSan ou 1990 lui assurent un bel avenir. L’album a même reçu de belles critiques de la presse spécialisée.

Avis du conseil : tu avais 15 ans en CM2, maintenant tu as pris quelques baffes dans la gueule, et ça te réussit. Voilà ton brevet mec.

Suite logique. Mais à quoi ressemblera le troisième album ? Après un tel engouement critique et commercial, on espère qu’Aurélien saura prendre le temps de nous pondre quelque chose de cet acabit.

Pourcentage : 60%

En concert au Phare de Tournefeuille le 14 mars prochain.

Article rédigé par Matthias Haghcheno

(A)parté pas si vite !

[FILM] «Délicatessen», de Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet

Le confinement dure depuis plus de deux semaines. Si votre stock de rouleaux de papier …